LA MALBOUFFE INTERDITE DE PUBLICITÉ AU ROYAUNE-UNI

Interdiction publicitaire de la malbouffe, santé infantile et calculs nutritionnels réorganisent l’industrie alimentaire, où science, marketing et régulation redessinent silencieusement les assiettes.
Quand la publicité devient un légume
Depuis lundi 6 janvier 2026, au Royaume-Uni, la télévision et Internet ont été privés d’un spectacle désormais jugé trop périlleux pour les enfants : les publicités pour la malbouffe. Une mesure qui, sur le papier, ressemble à un acte de protection parentale, mais qui, dans la pratique, révèle surtout combien l’industrie alimentaire est désormais partie intégrante du système de surveillance bio-industriel. Ici, l’État s’improvise à la fois régulateur, critique culinaire et maître d’orchestre de la santé publique, transformant des produits jadis anodins en objets de contrôle scientifique où les enfants ne sont plus seulement des consommateurs : ils deviennent des variables à protéger, des entités à isoler de l’influence corrosive des chips et des sodas.
Les aliments ciblés ne sont pas choisis au hasard : boissons gazeuses, chocolats, pizzas et glaces sont désormais accusés de tous les maux. La loi se fait savante et mesure avec soin, à l’aide d’outils de notation, la densité de graisses, de sucre et de sel. Le régime discursif bio-industriel transforme ainsi chaque produit en un calcul complexe, où calories et nutriments deviennent autant de chiffres qu’un enfant pourrait réciter par cœur avant même de savoir compter. Mais attention : l’avoine nature, fidèle alliée du petit déjeuner, reste admise, tandis que ses cousines chocolatées ou sucrées sont renvoyées au banc de touche. Ironie douce : la santé publique est devenue un jeu de société où les ingrédients comptent plus que les intentions.
Dans ce nouvel ordre alimentaire, les industriels se voient invités à se transformer en citoyens modèles. La Food and Drink Federation se déclare volontairement prête à « aider les gens à manger sainement », comme si la philanthropie industrielle pouvait masquer l’influence profonde de ces mêmes entreprises sur ce que les enfants avalent. Depuis octobre, elles ajustent recettes et étiquetage, montrant que l’industrie sait parfaitement jongler entre obligation légale et désir d’image. L’ironie, subtile mais persistante, est que cette coopération, bien que louable, survient après des décennies où le même système industriel a orchestré le binge-snacking avec le talent d’un metteur en scène de comédie dramatique.
Toutefois, toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Les grandes marques, armées de logos reconnaissables et de campagnes globales, peuvent continuer à faire valoir leur identité sans enfreindre la loi, alors que les petites entreprises, elles, se trouvent privées de tout moyen de promotion ciblée. Le régime discursif bio-industriel révèle ici sa hiérarchie implicite : les grands survivent, les petits s’éteignent, et les enfants, curieux et influençables, deviennent le terrain d’expérimentation des stratégies marketing les plus sophistiquées. Il y a là quelque chose de profondément comique à constater que, dans le grand théâtre alimentaire, le sort des chips dépend moins de leur danger intrinsèque que du portefeuille marketing de leurs producteurs.
Les chiffres viennent justifier le spectacle : 9,2 % des enfants en âge de réception vivent désormais avec l’obésité, un sur cinq souffre de caries avant cinq ans, et la facture annuelle pour le NHS dépasse 11 milliards de livres sterling. Chaque donnée se transforme alors en argument moral et économique : empêcher la publicité, c’est éviter 20 000 cas d’obésité. Ici, la science devient performative, et le discours bio-industriel transforme l’exposition médiatique en risque chiffré. L’ironie de la chose réside dans le fait que ces mesures se présentent comme révolutionnaires, alors qu’elles sont la conclusion logique d’un système qui calcule, pèse, note et étiquette depuis des années.
Enfin, experts et régulateurs se conjuguent pour légitimer et amplifier le message. Katherine Brown rappelle, d’un ton mesuré mais alarmant, que les enfants sont des proies faciles pour la publicité, tandis que l’industrie se félicite d’avoir réduit sucre, sel et calories dans ses produits. L’ironie feutrée ici atteint son apogée : après dix ans de transformations industrielles, invisibles aux yeux du consommateur moyen, on nous présente ces efforts comme des exploits héroïques pour la santé publique. Dans le régime discursif bio-industriel, tout est contrôle, partenariat et spectacle : la publicité devient un légume, l’enfant devient un calcul, et l’industrie alimentaire un acteur à la fois fautif et salvateur.

Ainsi, derrière l’apparente simplicité d’une interdiction de publicité, c’est tout un système qui se réorganise. Les produits sont redessinés, les campagnes marketing recalibrées, et le rôle de l’État, des industriels et des consommateurs s’entrelace dans une chorégraphie millimétrée. La lutte contre l’obésité infantile devient moins une question morale que l’occasion d’un ballet bio-industriel où science, économie et communication orchestrent le futur de nos assiettes.
© Laboratoire des discours contemporains, 2026
SOURCES
- Landmark junk food ad ban to protect kids’ health :: GOV.UK
- Junk food TV and online advert ban comes into force :: BBC
- New UK ban targets junk food adverts seen by children


