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Empathie stratégique : sauver le Venezuela, sécuriser l’hégémonie américaine

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La malbouffe interdite de publicité au Royaume-Uni

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De quelle manière le conflit au Venezuela révèle-t-il la lutte pour l’équilibre des puissances ?

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Par quels mécanismes Trump peut-il affirmer gérer le Venezuela ?

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APAISER TRUMP POUR SURVIVRE

Grille d’analyse utilisée

Sources

Chute du dictateur, survie du régime : la souveraineté vénézuélienne devient conditionnelle, gérée entre coopération hégémonique, légalisme institutionnel et silence populaire.

Quand la souveraineté devient conditionnelle

Il est des moments où la politique cesse d’être un affrontement d’idées pour devenir un exercice de traduction. Traduction simultanée, parfois. Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela, par la grâce d’un enchaînement judiciaire new-yorkais et d’une validation militaire express, en offre ici un exemple presque didactique. En quelques heures, Delcy Rodriguez est passée du registre héroïque de l’anticolonialisme à la prose plus feutrée de la coopération internationale. Le changement de ton n’est pas une contradiction ; il est un ajustement, un recalibrage discursif. Dans le régime écono-hégémonique, la souveraineté ne disparaît jamais : elle se renégocie, ligne par ligne, sous forme de conditions.

Car la proposition de « travailler ensemble sur un programme de coopération » n’est pas un appel naïf à la paix des peuples. C’est une reconnaissance implicite d’un rapport de force où l’économie, la sécurité et la légitimité institutionnelle sont désormais administrées depuis l’extérieur. La coopération, ici, n’est pas un choix moral ; c’est une devise d’échange. Le Venezuela offre sa docilité institutionnelle, en retour d’une stabilité minimale. Une sorte de plan Marshall inversé, où l’on reconstruit d’abord le cadre de gouvernance avant de se demander ce qu’on va y faire vivre.

Apaiser Trum pour survivre

Le pouvoir comme concession révocable

Lorsque Donald Trump déclare que Rodríguez restera au pouvoir « tant qu’elle fera ce que nous voulons », il ne s’agit pas d’une provocation ; c’est une clarification doctrinale. Dans le régime discursif écono-hégémonique, le pouvoir politique n’est pas souverain : il est conditionnel. Il ne repose plus sur l’élection, ni même sur la force, mais sur la conformité à un programme implicite de normalisation. Le chef d’État devient un gestionnaire sous contrat à durée indéterminée, résiliable à tout moment pour manquement stratégique.

L’ironie, bien sûr, est que cette logique est présentée comme une opération de réparation : « Réparer le pays », dit-on, comme on réparerait un appareil défectueux. On remplace la pièce centrale, Maduro, mais on conserve l’architecture, les circuits secondaires, les habitudes de contrôle. Le discours politico-institutionnel vient ici donner une forme légale à ce qui est en réalité une délégation de souveraineté : serment devant la Cour suprême, reconnaissance par les forces armées. Tout est en ordre, le droit est respecté, il est simplement redirigé.

L’opposition démocratique : variable d’ajustement

Dans ce nouveau montage, l’opposition démocratique devient une anomalie narrative. María Corina Machado, prix Nobel de la paix, figure morale patiemment construite, est mise hors champ sans être formellement disqualifiée : elle n’est pas réprimée, elle est rendue inutile. Le régime écono-hégémonique a ceci de particulier qu’il n’a pas besoin de l’opposition : il préfère des interlocuteurs efficaces. Et l’efficacité, ici, se mesure à la capacité de faire appliquer un ordre, non à celle de le contester. En fait, cette dissonance a le ton d’une lucidité presque mélancolique : l’opération est « super positive », mais ce qui suit est « déroutant ». Déroutant, en effet, pour qui persiste à croire que la chute d’un dictateur entraîne mécaniquement celle de son régime. Dans les régimes contemporains, les hommes et les femmes passent, les structures restent. Parfois, elles changent simplement de sponsor.

De l’anticolonialisme rhétorique à la coopération encadrée

Le premier discours de Rodríguez, « Nous ne serons plus jamais la colonie de personne », appartient désormais au répertoire classique du politico-institutionnel défensif. Il vise à rassurer l’appareil, à signaler une continuité symbolique. Mais il a rapidement été remplacé par un lexique plus compatible avec les attentes du centre hégémonique : relation équilibrée, respect mutuel, droit international, coexistence pacifique durable. Autant de formules parfaitement calibrées pour être acceptables, sinon crédibles.

Ici, l’’ironie subtile tient au fait que cette main tendue est présentée comme l’héritage même de Nicolás Maduro. La paix, le dialogue, la souveraineté : tout était déjà là, nous dit-on. Il fallait simplement l’exprimer autrement. Traduction : le régime ne se renie pas, il se reformule.

L’état d’urgence comme langage ordinaire

Pendant ce temps, le réel poursuit son travail ingrat. L’état d’urgence ordonne la traque de ceux qui auraient soutenu l’attaque américaine. Le paradoxe est presque élégant : on coopère avec Washington tout en réprimant ceux qui se réjouissent de son intervention. Le régime politico-institutionnel excelle dans cette gymnastique. Il maintient l’ordre interne tout en affichant l’ouverture externe. La souveraineté est défendue contre la population, pas contre l’hégémon.

Les citoyens, eux, ont parfaitement compris le message : on fête à l’étranger, on se tait à Caracas, on nettoie ses conversations WhatsApp avant de sortir, on apprend à se réjouir en silence. Ce n’est pas de la peur irrationnelle ; c’est une compétence politique acquise qui amène les gens à parler de justice lente ; elle est lente parce qu’elle ne sait plus très bien où elle doit arriver. Maduro est parti, mais le régime est là. Mieux : il est désormais adoubé par ceux qui prétendaient le combattre. Conséquemment, personne ne sait ce qui va se passer.

Et c’est peut-être là le point ultime de cette séquence : dans le régime discursif écono-hégémonique, l’incertitude n’est pas un effet secondaire ; c’est une méthode. Elle maintient les acteurs dans un état de dépendance interprétative permanente. On attend. On observe. On s’ajuste. Le Venezuela, aujourd’hui, n’est ni libéré ni occupé. Il est administré discursivement. Et comme souvent dans ces cas-là, tout semble avoir changé, pour que l’essentiel, très calmement, demeure.

© Laboratoire des discours contemporains, 2026


SOURCES

  • Venezuelan Regime’s New Strategy: Appease Trump to Survive :: WSJ
  • « La Tigresse » : qui est Delcy Rodriguez, présidente par intérim de Venezuela ? :: FRANCE 24
  • Delcy Rodríguez strikes defiant tone but must walk tightrope as Venezuela’s interim leader :: The Guardian
  • Delcy Rodriguez sworn in as Venezuela’s interim president

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À paraître le 15 janvier 2026

Cet essai n’est ni un pamphlet ni un manuel de décodage miracle. C’est une analyse pour tous qui propose de comprendre comment fonctionnent les grands régimes discursifs contemporains — écologistes, politiques, technoscientifiques, économiques, moraux, santé, etc. — et ce qu’ils font à notre manière de voir, de croire et de juger.

Sans dénoncer, sans moraliser, et avec une distance parfois légèrement ironique, ce petit traité de survie en temps de catastrophe invite à lire les discours avant de s’y soumettre, à reconnaître leurs formes avant d’adhérer à leurs conclusions, et à cultiver une lucidité praticable dans un monde qui parle beaucoup, très fort, et rarement à voix basse.

Un livre pour celles et ceux qui ne cherchent pas la vérité absolue, mais qui aimeraient, au minimum, ne pas confondre assurance discursive et réalité.

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